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Changement de PDG chez EDF, espace économique instable : « Les besoins de conseil en stratégie pourraient augmenter »

Le 21 mars 2025, Luc Rémont a été débarqué avant la fin de son mandat. Chantiers prioritaires d’EDF, missions en cours, marché public sur les 6 prochaines années : le point avec Philippe Angoustures, partner Énergie de PMP Strategy.

Lydie Lacroix
03 Avr. 2025 à 14:00
Changement de PDG chez EDF, espace économique instable : « Les besoins de conseil en stratégie pourraient augmenter »
Centrale nucléaire dans la vallée du Rhône (© Gérald Villena/Adobe Stock)

Ce remerciement avant terme n’est pas inédit, puisqu’en novembre 2022, Jean-Bernard Lévy a connu le même sort. Luc Rémont lui a succédé, prenant la tête d’EDF alors que le groupe enregistrait une perte historique de 17,9 milliards d’euros sur l’année 2022, tout en creusant son endettement à 64,5 milliards d’euros, en hausse de près de 50 %.

En cause : l’achat d’électricité sur les marchés, alors que les prix flambaient après le début de la guerre en Ukraine, les capacités de production de l’énergéticien ayant été affectées par des problèmes de « corrosion sous contrainte » dans une dizaine de centrales.

Le fait qu’EDF, grand consommateur de conseil – en stratégie et au-delà – soit sous haute tension peut-il perturber sa vision stratégique et/ou la conduite de ses projets dédiés ?

Un nouveau référencement de prestataires de conseil, dont on ignore l’enveloppe, est en cours. Le montant du précédent marché atteignait 452 millions d’euros (hors TVA), dont près de 260 millions pour la stratégie.

L’État, précédemment détenteur de 84 % des parts d’EDF, est redevenu son actionnaire unique en février 2023.

Au cœur du réacteur : la question du financement

L’associé Énergie & Décarbonation de l’industrie de PMP Strategy, en charge du compte EDF pour le cabinet, s’attendait-il à ce que son PDG soit évincé de la sorte ?

« Nous percevions le manque d’alignement entre l’État, l’entreprise publique et les industriels. Le PDG d’EDF estimait que, pour remplir durablement sa mission d’intérêt général, l’énergéticien devait être géré comme une entreprise normale en faisant du profit pour fournir des dividendes à l’État. »  De leur côté, les industriels « considèrent que la mission d’EDF est de leur fournir le meilleur équilibre possible entre prix de l’électricité compétitive et visibilité sur le long terme ».

Le patron de Saint-Gobain, BenoÎt Bazin, n’a-t-il pas évoqué « un bras d’honneur [fait] à l’industrie française » ? Il réagissait à la volonté d’EDF, après la fin de l’ARENH en janvier 2026 – Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique, qui permet aux gros clients d’EDF de bénéficier de prix cassés –, de vendre au plus offrant des quotas d’électricité, revenant ainsi, selon les industriels, sur son engagement de leur fournir de l’électricité dans le cadre d’un contrat à long terme, à tarif compétitif.

Si l’État a sans doute pensé pouvoir trouver un point d’équilibre entre ces deux positions, pour Philippe Angoustures, « face à l’impasse, un changement de gouvernance a été décidé ». Il n’en reste pas moins « qu’EDF a besoin d’avoir de la visibilité sur son financement, ayant énormément de chantiers devant lui, notamment le programme d’EPR de deuxième génération [European pressurized reactor, renommé Evolutionary power reactor, ndlr]. Soit ces chantiers sont financés par l’État, soit par les clients, soit par une combinaison des deux dont les paramètres ne font pas encore consensus ». Le nucléaire étant un secteur d’activités « souverain, qui fait l’objet d’un monopole», l’équation est ardue. Sachant que, dans le coût final de l’énergie, le coût du financement « peut compter pour moitié ».

Un changement de pilote… et de paradigme ?

Le nouveau PDG pressenti, Bernard Fontana – actuel directeur général de Framatome, la filiale d’EDF qui fournit notamment les cuves des réacteurs nucléaires EPR –, choisi par le président de la République sur proposition du Premier ministre, auditionné le 30 avril prochain par le Parlement, « doit déjà réfléchir, consulter et évaluer ses marges de manœuvre, avance Philippe Angoustures. Le modèle à adopter pour EDF devra réconcilier l’objectif de visibilité et de fiabilité de financement pour l’énergéticien, et celui de compétitivité du prix de l’électricité » pour les patrons des industries de base, grandes consommatrices d’énergie (chimie, fonderies d’acier et d’aluminium, verriers, papetiers…).

Une nomination qui répond très probablement à l’enjeu numéro 1 d’EDF, à savoir « consolider les standards de production nucléaire actuels et développer le parc de production du futur, en respectant les coûts et les délais ». Sachant que, sur le second point, « l’urgence semble moindre que ce qui avait été envisagé précédemment, une destruction de la demande étant observée depuis 2 ans », ajoute Philippe Angoustures.

Les annonces faites à l’issue du quatrième Conseil de Politique Nucléaire le 17 mars dernier offrent un peu de visibilité. L’État devrait en effet souscrire un prêt bonifié couvrant « au moins la moitié des coûts de construction des futurs réacteurs EPR2 ». Un prix « garanti par l’État de 100 euros maximum du mégawattheure, en euros de 2024 » est également prévu pour la production nucléaire. Ce schéma de financement doit désormais être soumis à la Commission européenne, dans l’optique d’une décision finale d’investissement d’EDF en 2026.

Le maintien de l’enveloppe allouée aux cabinets de conseil ?

En préambule, Philippe Angoustures souligne que « les paramètres qui font qu’EDF a besoin de conseil restent les mêmes ». L’implication de PMP Strategy se limite toutefois à un segment des prestations de conseil sollicitées par EDF, à savoir le conseil de direction générale. « Je n’ai pas de vision sur les projets informatiques, par exemple. » Sur la partie où son cabinet intervient, Philippe Angoustures n’envisage pas, a priori, de changements d’ampleur.

Pas d’impact à redouter non plus sur le nouveau référencement des cabinets de conseil, en cours actuellement.

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« Il s’agit d’une mécanique principalement contractuelle qui permet, dès lors qu’il y a une consultation, de la resserrer à un nombre de cabinets référencés, gérés par les Achats, précise Philippe Angoustures. Le changement de PDG ne va pas affecter pas cette dynamique. »

Néanmoins, le futur PDG de l’énergéticien, Bernard Fontana, est connu « pour sa capacité à réduire les coûts ». Les enveloppes globales de conseil pourraient-elles être réévaluées ?

« Ce n’est pas exclu. Mais, dans ces cas-là, le type de conseil impacté est souvent ce que je qualifie de “consulting de confort”. À savoir : le fait de recourir à des ressources externes pour aider l’interne à gérer ses projets. »

PMP Strategy ne serait alors pas concerné, les équipes du cabinet intervenant « pour apporter une vision extérieure et accompagner les directions générales. Des projets plus opérationnels pourraient en revanche être arbitrés ».

Dans un environnement « de plus en plus instable, les besoins de conseil en stratégie et transformation pourraient même augmenter ».

Quels sujets mobilisent les consultants chez les grands énergéticiens ?

Ces grands groupes, EDF et d’autres, travaillent « sur leur performance interne. Il s’agit pour eux de maîtriser les projets en termes de coûts et de délais, mais aussi d’améliorer la productivité d’un certain nombre de fonctions – le commerce, l’exploitation… Ils doivent faire face à des marchés plus instables et compétitifs, et donc optimiser ou flexibiliser leur structure de coût tout en étant plus performants. Sur ce type de problématiques, le savoir-faire des cabinets de conseil s’avère tout à fait approprié ».

L’importance de la thématique se comprend aisément. Après quelques mois vécus sans budget, alors que l’énergie est un secteur « qui dépend beaucoup de l’environnement fiscal, de la réglementation et des aides publiques » – sachant que, globalement, la tendance est à « des réglementations plus strictes et des aides publiques plus faibles », les grands énergéticiens ont intérêt à rendre leur modèle économique « plus performant, résilient et agile ». Une recherche qui s’applique également aux télécoms, au transport ou aux services financiers. « L’espace économique devient plus instable pour tout le monde, et plus contraint. »

Un sujet autour de l’IA, vue comme « une opportunité pour accélérer les choses et obtenir davantage de performance », est aussi travaillé par EDF. D’autres sujets « plus spécifiques », traités par PMP Strategy, « appartiennent au grand électricien ». Nous n’en saurons pas plus.

Les missions EDF n’ont pas été impactées par les restrictions en vigueur dans le secteur public

Détenu à 100 % par l’État – via l’Agence des Participations de l’État –, EDF n’est pas pour autant une administration. Bien que ses procédures d’achats soient en partie calquées sur le code de la commande publique, l’énergéticien n’a « pas, à ma connaissance, subi la pression qui a pesé sur les administrations pour réduire leurs demandes de conseil externe à la suite de “l’affaire McKinsey” », explique Philippe Angoustures.

En revanche, il note tout de même une évolution quant à la nature des missions sollicitées. « Les achats portent davantage sur des projets à forte valeur ajoutée. Pour les budgets eux-mêmes, on était jusqu’à présent sur du cas par cas. »

PMP Strategy
Lydie Lacroix
03 Avr. 2025 à 14:00
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energie - environnement

Adeline
energie - environnement
EDF, PDG, financement, État, énergie, nucléaire, conseil, référencement cabinets, optimisation des coûts, PMP Strategy, Philippe Angoustures
14424
PMP Strategy
2025-04-03 17:06:47
0
Non
Changement de PDG d’EDF : un impact sur les missions de conseil ?
Chez EDF, l’éviction de Luc Rémont aura-t-elle un impact sur les missions de conseil en stratégie ?
Philippe Angoustures, associé Énergie et Décarbonation de l’industrie au sein de PMP Strategy, livre des éléments de réflexion.
Pour l’énergéticien, l’enjeu principal relève du financement : comment concilier visibilité/fiabilité financière, pour EDF, et compétitivité des prix pour les industriels ?
Le nouveau référencement des cabinets de conseil ne devrait pas être affecté, mais les prestations de « consulting de confort » pourraient être arbitrées. À l’inverse, pour naviguer dans un environnement instable, les besoins d’accompagnement stratégique et transfo pourraient augmenter.
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